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La mémoire du désert

Par Jean-Paul Augier

Ed. AUED, Valence, Études drômoises, revue trimestrielle,
n°65 de mars 2016 pp. 14 à 19

Résumé d'après l'article

 
 

Prisonnières huguenotes
  C’est le souvenir des huguenots du Désert, des cultes clandestins, dans une maison ou dans la campagne loin du regard des persécuteurs, qui ont permis aux réformés drômois de faire de cette époque une période fondatrice de leur identité. La force mémorielle du Désert, éclipse ainsi les Guerre de religions parce que celles-ci sont trop violentes et trop meurtrières. Le Désert constitue donc une période fondatrice pour les descendants des proscrits, cela leur donne une mémoire différente de leurs compatriotes catholiques et libres penseurs. Les protestants drômois constituent une importante minorité qui peut être estimée à 10 % de la population c’est à dire à 28 000 personnes au tout début du XXe siècle. Dans la deuxième  partie du XIXe  siècle, les réformés drômois ont pris conscience d’un risque d’une perte de la  mémoire du Désert. D’où la multiplication des assemblées commémoratives sur les anciens lieux des réunions clandestines. Les écrits et les discours des pasteurs confortent cette mémoire du Désert.  
  Pour l’historien Pierre Bolle, les protestants et les catholiques vivent l’intérieur de leur groupe dans les années 1850 : « chaque communauté a ses commerçants et ses artisans, ses écoles et ses conseillers municipaux, son notaire et son cimetière... »

La  Première Guerre mondiale marque un net affaiblissement du particularisme huguenot  parce que les protestants comme leurs compatriotes catholiques et libres penseurs  communient dans la même exaltation nationale. L’Union sacrée change la perception que les protestants, les catholiques et les libres penseurs ont les uns par rapport aux autres. Les caricatures réciproques ne résistent pas à la camaraderie des combats ni à la solidarité de l’arrière. Les anciens clivages, sans disparaître tout à fait, se trouvent désormais relativisés.

L’augmentation des mariages inter-confessionnels sont des indicateurs des rapports moins agressifs entre protestants et catholiques. La baisse démographique du terroir protestant, qui entretenaient la mémoire du Désert, contribue à son affaiblissement.

La conscience d’être les descendants des huguenots persécutés par l’Église et la monarchie absolue provoque chez les réformés drômois un engagement précoce en faveur de la République. La loi de séparation des Églises et de l’État, finalement votée, est accueillie très  favorablement, aussi bien par les pasteurs que par la population protestante qui se manifeste lors des élections de 1906.

La mémoire du désert, qui s’affaiblit entre les deux Guerres, contribuera à l’accueil des juifs dans les terroirs huguenots et à l’engagement de protestants drômois dans la résistance armée  pendant les heures sombres de l’occupation.


 

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