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Le drame de la gare de Valence

Par Alain Chaffel

Ed. AUED, Valence, Études drômoises, revue trimestrielle,
n°77 de mars 2019 pp. 10 à 17

Résumé d'après l'article

 
 

Bulletin du comité de grève
 

 

 

 

Depuis la Libération, l’influence du PC a connu dans la Drôme une croissance spectaculaire.
Il est devenu la première force politique du département. La puissance du PC est relayée et amplifiée par les 27 000 membres de la CGT qui dominent le mouvement syndical drômois.

Pourtant cette force commence à être ébranlée.
Le scrutin de mars 1947 voit le PC perdre un siège de député.
La rupture se produit à l’automne. Le 22 septembre, les conseillers généraux  communistes refusent de soutenir le renouvellement de la candidature du socialiste Marius Moutet au poste de président du Conseil général de la Drôme.
La fin de l’année 1947 marque  la rupture à gauche et l’isolement du PCF.

C’est dans ce contexte que se déroulent les grèves de novembre et de décembre 1947.
La grève est déclenchée dans un climat social tendu.
Au mois de mai, le préfet signalait déjà dans son rapport mensuel que                « l’accroissement du mécontentement était net ».
Le PC dénonce désormais systématiquement la politique gouvernementale qui laisse impunis « les affameurs du marché noir » et « abandonne les intérêts nationaux ». La CGT fait chorus.
Et ce sont les cheminots valentinois qui entrent les premiers en grève le 25 novembre. Ils adhèrent ainsi à l’ordre de grève générale de leur fédération nationale.

 
 

 

Dès le commencement du conflit, les forces de l’ordre interviennent pour disperser les piquets de grève. Dix-huit ouvriers de la Boulonnerie calibrée de Valence sont arrêtés et emmenés au  commissariat. 150 à 200 personnes expriment alors leur indignation et leur colère devant le poste de police où elles sont repoussées à coup de grenades lacrymogènes.
Les instructions du nouveau ministre de l’Intérieur, le socialiste Jules Moch, sont d’une grande fermeté. Jules Moch n’aime pas le désordre et encore moins les communistes.
Dans ce climat tendu, le 3  décembre, le déraillement du train Paris-Lille entraîne la mort de 20 personnes. Accusés, les communistes parlent de « provocation policière fasciste classique ».

 

Jules Moch, ministre de l'intérieur
 
 


Cérémonie des enterrements

 
Le 4 décembre, au petit matin, la police fait évacuer la gare de valence. L’intervention des forces de l’ordre est perçue comme une provocation par le PC et la CGT qui décident de reprendre la gare. L’affrontement est devenu inévitable. Arrivés sur la place de la gare, les manifestants donnent l’assaut. Soudain, dans cette mêlée confuse, des coups de feu claquent.
Deux ouvriers ont été tués, un troisième est dans un état grave. On compte 12 blessés du côté des manifestants et 23 du côté des forces de l’ordre, dont 5 grièvement.
Incontestablement ce sont les forces de l’ordre qui ont tiré. Composées de 130 hommes seulement, elles ont été débordées et se sont affolées. Le calme ne revient que dans la soirée,  tandis que les manifestants occupent à nouveau la gare.
Mais quel sens attribuer à cette marche sur la gare et à ce désir farouche de la reconquérir ? On peut donner plusieurs éléments de réponse. Il semble que nombre de militants, parmi les  plus convaincus, aient eu des comptes à régler avec le pouvoir politique afin de mettre en  harmonie leur identité communiste, leur ras-le-bol des compromis avec un système que le PCF a pourtant défendu depuis la Libération, et leur volonté de puissance.
Le drame de la gare provoque un déclin spectaculaire des effectifs du PC  drômois. En sept ans – de 1947 à 1954 – il perd 72 % de ses adhérents.