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La contrebande dans l'enclave du haut Comtat

par Marc Soulas

Ed. AUED, Valence, Études drômoises, revue trimestrielle,
n°69 de mars 2017 pp. 12 à 16

Résumé d'après l'article

 
 
 

 

Pour bien comprendre ce dont il s’agit, il faut avoir à l’esprit qu’à l’époque médiévale, les droits de propriété, les droits seigneuriaux, les limites des communautés et même des états sont très floues et changeantes.
La mise en place d’enclaves dans le territoire du voisin suit une double visée, soit première étape d’une absorption ultérieure de tout ou partie de ce territoire, soit moyen de faire sentir sa puissance et excellent prétexte pour exercer une surveillance, un contrôle sur le voisin en question et de lui imposer diverses servitudes.

C’est exactement ce que l’on observe dans les relations entre le pape Jean XXII et le Dauphin de Viennois en ce début de XIVe siècle.
Les populations de l’époque n’ont pas de représentation précise de l’espace qui les entoure, mais ont une perception très vive des contraintes et des restrictions qui leur sont imposées par les seigneurs et de leurs conséquences sur leur vie quotidienne.

 
  La genèse de l’Enclave s’étale sur environ deux siècles selon des modalités très curieuses dont la contrebande du sel est la conséquence directe car le prix du sel, fixé par l’administration royale, en Languedoc et surtout en Dauphiné, est très supérieur à celui pratiqué en Avignon.
En se livrant à la contrebande, les habitants du Haut Comtat n’ont finalement fait qu’exploiter, avec beaucoup d’ingéniosité d’ailleurs, les ressources de leur territoire comme d’autres la mer ou la forêt.

On verra dans « l’affaire des douanes » que la réglementation douanière a été, à certains moments, tellement écrasante que la pratique de la contrebande était, dans ces périodes difficiles, une nécessité vitale pour les habitants de l’Enclave. Pendant quatre siècles ce sera l’objet d’une lutte constante entre les autorités du Haut Comtat et l’administration royale.
 

Timbre postal édité à l'occasion du 650e anniversaire
 
 

L’itinéraire suivi pour l’acheminement des marchandises de contrebande est très ancien, utilisé depuis l’Antiquité, il est parallèle à l’axe de la vallée du Rhône, mais à distance, pour des raisons de sécurité et de discrétion. Le transport se fait donc à dos d’homme ou surtout d’âne, de mulet et de cheval, ce qui implique des marchandises de haute valeur pour un poids raisonnable.
Les douanes royales vont mettre en place une stratégie d’enfermement de plus en plus contraignante pour pénaliser le Comtat et l’enclave. Cette situation dure jusqu’en  1734, date de la signature d’une convention connue sous le nom de « concordat » entre le Pape et la Ferme Générale. Ce concordat ouvre ainsi une voie de circulation  et de commerce allant de  la Provence au Dauphiné dont la porte, le passage quasi obligé, est l’Enclave. Cette situation va faire sa fortune, c’est le début d’un âge d’or d’une soixantaine d’années.
Depuis la mise en place du département de Vaucluse en 1800, la suppression des frontières étatiques a entraîné la fin définitive de la contrebande.