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Pietro et Lorenzo, colporteurs italiens

Par Jean-Paul Ravel

Ed. AUED, Valence, Études drômoises, revue trimestrielle,
n°68 de décembre 2016 pp. 6 à 8

Résumé d'après l'article

 
 

Cartographie des itinéraires à partir du Preit vers la France
 

 

 

Sur la période fin XIXe, début XXe siècle, la France, y compris la Drôme,  fait l’objet d’une forte immigration italienne, résultat d’une crise sociale et économique en Italie.

Voici l’histoire de deux frères de la famille Poracchia. Ils ont traversé les Alpes pour venir s’installer dans le Diois.
La famille Poracchia vit dans un hameau appelé Le Preit, perché à 1500m d’altitude, dans la province de Cuneo, depuis plusieurs générations. L’amélioration des conditions de vie très difficiles auxquelles sont confrontés les Poracchia, nécessite un apport d’argent substantiel. Aussi, depuis plusieurs générations, s’est développé le colportage à travers les Alpes.

Très vite, deux des frères Poracchia, Pietro et Lorenzo, prennent le métier de colporteurs avec la petite « balle » en bois, sorte de placard porté sur les épaules comme un sac à dos.

 
 

 

 

Pietro est le premier à tenter l’aventure dès ses 14 ans, en prenant les chemins de montagne.
Sa première traversée de la draille (piste raide à travers les rochers) s’effectue dans les années 1886 ou 1887 après la mort de son père et certainement avec d’autres colporteurs du village et un guide qu’ils appellent « Passe-montagne ».

Après trois ans de service militaire en Sardaigne, en 1895, Pietro reprend la draille des colporteurs mais cette  fois-ci avec son  jeune frère Lorenzo qui a juste 14 ans.

En 1901 Pietro se marie avec une française, Augusta Garaix. Ils habitent Bouvières où ils installent un commerce.
 

Pietro Poracchia, l'aîné
 
 

Lorenzo Poracchia
 

À son tour Lorenzo, lui aussi après trois ans de service militaire dans les « Alpini », s’installe en France, à Luc-en-Diois et y épouse en 1906 une française, Marguerite Boulard.

Notons que les épouses des deux frères perdent leur nationalité française à leur mariage, nationalité qu’elles retrouveront au à la naturalisation de Pietro (1907) et Lorenzo  (1909).

À  compter de ce moment ils se nomment Pierre et Laurent.
Pour preuve de cette intégration, ils partent tous les deux dans l’armée française à la guerre en août 1914 en tant qu’engagés volontaires.

 
 

L’histoire de la famille Poracchia n’est pas un cas isolé.
Nombreuses sont les familles de ce petit village du Preit, pour ne citer que cet exemple, qui durent traverser les Alpes. Ainsi, les Garzini, les Pasero, les Olivero ont fait souche dans le Diois ou le Vaucluse.
Les colporteurs dont nous évoquons le souvenir ont pu se sortir de la misère, s’établir en France au prix de beaucoup de sacrifices, d’un courage sans faille et fonder une famille. La Seconde Guerre mondiale a interrompu les voyages au village natal, les visites n’ont repris qu’en 1950 pour la traditionnelle fête du village.